Accueil > Témoignages > La Salette, une source pour eux > Prêtre missionnaire en milieu hospitalier

Prêtre missionnaire en milieu hospitalier



Témoignage sur ma présence de prêtre missionnaire à l’hôpital Pierre Kerloch ms 28 décembre 2009

Je connaissais un peu l’hôpital Nord de Grenoble pour y avoir été comme patient en 1997 pendant plus d’un mois, pour avoir suivi l’engagement du Frère Paul depuis la Tronche, et par là même de bien connaître celui qui fut l’aumônier pendant une dizaine d’années. J’ai un peu suivi aussi, en raison des stages de Frères en formation.

Cette connaissance m’aurait conduit à ne pas accepter une telle proposition. Lorsque l’on parlait de demander à Guy G. d’être lui-même aumônier en 2007, je me souviens de mes réflexions : comment Guy débarquant à Grenoble pourrait se constituer une équipe de laïcs pour « l’aider », pour constituer une équipe de gens compétents autour de lui.

J’avais oublié un maillon… qui aujourd’hui, sans doute plus qu’hier, est important, c’est l’instance « Pastorale Santé Social » qui a une responsabilité réelle sur le choix des personnes engagées dans les équipes d’aumônerie, qu’elles soient salariées ou bénévoles. Son responsable, Robert, est un diacre, qui a une bonne formation théologique et un passé riche dans le monde de la santé.

La proposition qui m’a été faite par l’intermédiaire du P. Provincial, n’était pas de remplacer l’ancien aumônier, en année sabbatique depuis un an, mais d’être prêtre accompagnateur d’une équipe d’aumônerie de 4 laïcs (3 femmes et un homme), 5 aujourd’hui, une embauche ayant eu lieu depuis, après un stage dont je fus témoin. A la tête de cette équipe est nommée une laïque, qui représente l’Eglise face aux instances de l’hôpital.

Une précision : au fur et à mesure que l’année s’est déroulée, je suis aujourd’hui aussi prêtre accompagnateur de l’Hôpital Sud. L’évêque, par l’intermédiaire de Robert, diacre, tient beaucoup à cette présence d’un ministère ordonné.

- Comment être prêtre accompagnateur ? A Nord, j’essaie le plus possible de ne pas être uniquement un ministre des sacrements : messe chaque dimanche ; messe dans les pavillons des personnes âgées aux grandes fêtes ; messe du 3ème vendredi avec salariés et bénévoles (Nord et Sud) ; onction des malades. Je visite les malades à partir d’une liste reçue, une après-midi par semaine. Au début j’ai accompagné l’un ou l’autre permanent, puis aussi une bénévole (comme autrefois au catéchuménat).

Présence aussi, tous les mardis matins, où nous prions à partir de l’Evangile du jour ; où nous échangeons sur diverses questions, par exemple nos relations avec les Protestants ; texte présentant l’aumônerie pour les fins de vie ; cas spéciaux qui donnent à réfléchir… ; agenda. Tout cela dans un bon esprit, mais parfois aussi dans une tension nécessaire et normale.

Le mardi matin se transforme une fois par mois en supervision. L’an dernier, elle se faisait entre Sud et Nord avec un prêtre de la Mission de France, Psychologue à la prison. J’en garde un très bon souvenir. A partir de cas particuliers, il savait nous aider à approfondir, à découvrir ce qu’il y a dans le cœur de l’homme, dans son psychisme, etc… Cette année, nous avons un nouveau « superviseur » qui vient travailler avec chaque équipe et chez elle. Celui-ci ne s’implique pas au plan de la foi. Autre expérience d’équipe : « relecture pastorale » à partir d’un fait, d’une rencontre… reprise dans les détails. « Dieu était présent, et je ne le savais pas ! » (Genèse 28,16)

Pour le moment, je suis, comme sans doute aussi plusieurs, en apprentissage.

- Ce qui me marque, c’est la rencontre Savoir écouter une personne, ne pas l’interrompre par des questions insignifiantes, inquisitrices, questionnantes ; dans le respect ; savoir redire une parole, la reformuler. Je suis allé à deux sessions de 3 jours chacune, pour m’initier à l’écoute (GLAB) Ai-je progressé dans cet art très humain ? Il m’arrive en tout cas de constater ailleurs que l’on ne sait pas toujours s’écouter, que l’on juge, que l’on voudrait passer « son message » (fut-il le meilleur !)

- Travail d’équipe : Chacune de nos visites, nous en rendons compte sur un cahier, en respectant la confidentialité. Ainsi nous ne « possédons » pas nos malades…

Ce travail d’équipe, j’en fais l’expérience au moment de l’onction des malades. J’y vais toujours accompagné par un membre de l’équipe. A deux, le dialogue tant avec le malade qu’avec la famille, se fait plus riche, plus spontané. Je suis désormais un « inconditionnel » du ministère féminin. Pour le moment, je ne sais pas parler à une personne dans le coma, ou si peu. Un membre de l’équipe invite les soignants à participer à la célébration. Personnellement, je me vois mal prendre une telle initiative. Et pourtant… Au moins à 3 reprises l’invitation a été suivie d’effet. Et ils s’excusent quand ils ne peuvent venir, arguant de leur travail, ce qui est vrai.

- Soignants Nous nous croisons avec les soignants… surtout les infirmières et les aides-soignants. Pour les « grands patrons », c’est plus rare. Personnellement, je suis toujours bien reçu… Est-ce en raison de mon âge ? Souvent ils m’aident à revêtir les tabliers pour neutraliser les microbes et virus… Témoignage d’une aide-soignante : les 39 heures étaient mieux que les 35. Fermeture de 10 lits, non remplacement des femmes enceintes, nous sommes alors 2 au lieu de 3. 2 heures pour se remettre du stress du travail. Ce sont les aides-soignantes qui reçoivent les doléances des patients.

- Présence au monde, à ce monde complexe de l’hôpital Il y a près de 100 spécialités à Nord. On parle de 2000 malades et de 8000 employés à l’hôpital, sinon plus. Nous sommes, au cœur de cette « grande usine », la petite Eglise, laquelle se dit experte en humanité. C’est bien à ce niveau qu’il faut tout d’abord se situer, se faire pardonner d’être cette Eglise qui a ses certitudes. Ici nous ne pouvons pas être en dehors des grandes questions qui se posent sur le début de la vie, dont l’avortement, et la fin de vie (euthanasie) ; ni des problèmes économiques de la santé (cf. débranchement). Pour le moment, sur tous ces sujets, je me sens dans mes petits souliers. Me reste en mémoire cet enfant que l’un d’entre nous est allé baptiser avant qu’il soit débranché. Pour les avortements, là encore je pense que les laïcs, et particulièrement les femmes, rentrent beaucoup mieux que nous, les prêtres, dans le dialogue.

Les familles J’ai parlé des malades au centre de nos préoccupations. Nous rencontrons aussi les familles, selon bien sûr divers degrés d’ouverture, d’appel à la compassion, voire à l’éclairage ou à l’obscurité de la foi. Ce petit garçon d’une dizaine d’années, présent avec son père à l’onction des malades de sa maman, a éclaté en sanglots au moment de partir. Heureusement que ma compagne-aumônier était là, l’a pris dans ses bras. Que dire à ce moment-là ? Cette scène ne s’effacera pas de sitôt de ma mémoire. Gros poids à porter. Il faut donc avoir une bonne santé physique et morale.

Ne pas enfermer la personne dans sa maladie. Cette personne n’est pas que malade, ou en survie… Si nous avons le temps, et dans la confiance, bien des sujets viennent à jour : enfants, petits-enfants, chômage, grande joie aussi, leur ancienne profession, leur fierté. Je pense à ce fils de général, qui m’a envoyé sa traduction du « contra gentiles » de St Thomas d’Aquin, alors qu’il est prof de philo à Nantes.

- Ministère itinérant… Les gens passent. C’est assez différent d’une paroisse où il y a plus de continuité. Il faut accepter ici de ne pas savoir ce que deviennent les gens, alors que l’on a cheminé d’une manière très proche humainement et spirituellement avec eux. − Beaucoup de prêtres, religieux, religieuses, moines (chartreux) font des séjours à l’hôpital −. Que devient ce prêtre savoyard qui édifiait tant chaque membre de l’équipe ? A-t-il pu retrouver, jeune encore, son ministère ?

- L’hôpital serait-il un lieu triste ? Le mot ne me convient pas. Ce n’est pas le cas dans l’équipe d’aumônerie, ni dans les services, me semble-t-il. Lutter contre la maladie, accompagner une personne vivant sa Pâque, son passage vers l’autre rive ouvrent au contraire à l’Espérance, sans bien sûr nier les cas douloureux.

L’hôpital est un lieu de vie, or la vie n’est pas nécessairement triste.

Pierre Kerloch

Haut de page
Calendrier

Prêtre missionnaire en milieu hospitalier

« juin 2017 »
L M M J V S D
29 30 31 1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 1 2
 

Du 1er au 3 septembre : Les Motards en Pèlerinage


Du 1er au 4 novembre : 8émes Journées cinématographiques



Voir tous les évènements

Rechercher