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Témoignages

Avelino Sangameya, ms

Cette interview a été réalisée par Marcel Schlewer, lors de la rencontre de la commission internationale « Justice et paix » de la congrégation, les 27, 28 et 29 mai 2008 au sanctuaire de La Salette en France. (cf. La Salette n° 210)

Avelino ! Tu arrives de la Namibie, mais tu es originaire de l’Angola.

Je suis né à Kinjenjé, le 25 janvier 1970. Lors de mes 4 ans, ma famille fut obligée de quitter Kinjenjé à cause de la guerre civile qui sévissait en Angola. Nous sommes partis à Cubal à 200 km de là. C’est là que j’ai été scolarisé et que j’ai connu, avec d’autres copains, les Missionnaires de La Salette. Aspirants séminaristes, nous étions une vingtaine à souhaiter le devenir nous-mêmes. En 1987, je suis donc rentré au séminaire de Benguela sur la côte atlantique. Pendant 2 ans, j’ai suivi la propédeutique nous préparant aux études de philosophie.

T’engager ainsi dans de telles études, ça n’a pas dû être facile !

C’était en effet assez difficile ! Je quittais le système pédagogique du gouvernement ! La formation orientée vers le sacerdoce était beaucoup plus exigeante. Mais je me suis laissé apprivoiser ! Ensuite, nous sommes partis à Huambo, au centre du pays, pour la philosophie. Il faut dire que c’était dur ! C’est le père Hilario Secunda qui nous formait et j’en ai été très heureux : la philosophie m’a ouvert l’esprit. C’est là que nous avons fait notre postulat. En 1992, nous avons mis le cap sur Lubango, dans le sud, non loin du port de Namibe, à quelques centaines de kilomètres de la Namibie. Nous avons commencé le noviciat. Nous étions 5 novices. C’est le 16 août 1993 que nous avons fait notre première profession religieuse.

1993, c’était en pleine guerre civile en Angola !

En effet, pendant notre noviciat, la guerre civile faisait rage dans le pays. L’Unita de Jonas Sawimbi a attaqué la ville de Huambo et s’en est emparée. C’est là que nous aurions dû retourner poursuivre les études. Aussi les supérieurs ont préféré nous diriger vers le Brésil, où l’on parle aussi le portugais. Nous avons donc rejoint les scolastiques de la province brésilienne à Sao Paulo. Ce fut une expérience très riche : pas seulement par les études : car le séminaire avait des liens très étroits avec plusieurs favelas. Cette expérience a duré 4 ans ; elle m’a comblé ! De retour en Angola, quatre ans après, je me suis engagé définitivement dans la congrégation. Le 18 septembre 1997 j’étais ordonné diacre à Kinjenjé dans mon village d’origine !

C’est à ce moment qu’on t’a confié une grosse responsabilité…

En effet, pour mon stage de diacre, j’ai été envoyé à la maison de formation à Huambo qui était à nouveau accessible : c’était une période de trêve. J’ai travaillé alors au service de nos étudiants en philosophie et en théologie. Au séminaire interdiocésain de Huambo, j’enseignais la méthodologie des études. J’étais également professeur de religion pour nos étudiants en propédeutique à Huambo. Je travaillais dans notre communauté avec le père Sangévé, alors directeur du séminaire, et je donnais des conférences à nos philosophes.

Ça ne s’est pas arrêté là !

Un an après, les supérieurs m’ont appelé à l’ordination presbytérale. J’ai été ordonné prêtre à Lobito le 26 juillet 1998. Lobito est un grand port non loin de Catumbela, résidence du supérieur régional, et pas très loin de Benguela. Nous étions 18 prêtres ordonnés en même temps, dont deux salettins. Les supérieurs m’ont nommé à Huambo, pour continuer dans le travail de formation. Cela s’est poursuivi jusqu’en 2002.

Et la Namibie ?

Eh bien, c’est là que j’ai quitté Huambo pour ouvrir cette nouvelle mission en Namibie, au sud de l’Angola. En janvier 2002, lors de notre assemblée régionale annuelle à Lubango, Le P. Pedro Chingandu, supérieur régional, m’a demandé de partir dans cette mission, parce que je parlais l’anglais. En septembre 2002, je rejoignais donc cette mission près de Windhoek, à Opuwo. Nous sommes partis à trois, 2 prêtres et un diacre. C’est là-bas que j’ai travaillé jusqu’à aujourd’hui, au service de la paroisse. Au bout de 4 ans, l’archevêque de Windhoek, au vu de notre bon travail, a décidé de nous confier une nouvelle mission.

Dis-moi, Avelino, que représente pour toi La Salette ?

Merci pour cette question. Dans ma spiritualité jusqu’à maintenant, j’ai compris que Jésus est Celui sans qui je ne peux rien faire. En ces temps de mondialisation, on entend dire : sans argent, on ne peut rien faire. Finalement, j’en suis venu à me dire : sans La Salette, nous ne pouvons rien faire. Dans le monde d’aujourd’hui, en effet, y a-t-il un message plus nécessaire que celui de la réconciliation ? Le monde moderne a bouleversé toutes les valeurs. Nous en voyons le résultat, terrible, dans l’état du monde aujourd’hui. Avec son message de réconciliation, Marie à La Salette nous invite à remettre les choses en place : nous pourrons alors vraiment choisir la vie.

Propos recueillis par Marcel Schlewer, ms

Les laïcs salettins au Brésil

En France et en beaucoup d’autres pays, les laïcs catholiques aiment puiser aux sources spirituelles qui ont été à la fondation des instituts religieux. Les laïcs associés aux Missionnaires de la Salette de France se réunissent du 2 au 5 octobre prochain, pour une même recherche que nos amis de La Salette brésiliens.

Avec l’aimable autorisation des Annales de La Salette, nous reproduisons ici l’article du n° 212 de mars- avril 2009. Pour découvrir la revue, cliquer ici.

Qui sont les laïcs salettins au Brésil ?

Il y a cinq ans, en accord avec la province MS, les laïcs fondaient leur mouvement « Laïcs salettins » (avec une charte, un livret de principes de la spiritualité salettine, un hymne). Ils nous ont expliqué : « Nous voulons être un mouvement missionnaire, agir concrètement pour la solidarité et la paix. Et nous désirons être un bras de la province MS du Brésil. » Le plus souvent liés aux MS par le partage des missions en sanctuaire, ou en paroisse, ces laïcs ont éprouvé le besoin de s’organiser ensemble pour être membres à part entière de la famille salettine, comme laïcs. P. Adilson, supérieur provincial, précise : « Ce mouvement est né d’un long cheminement provincial. Il va donner une visibilité aux religieux. C’est un grand pas dans la collaboration entre prêtres et laïcs, dans un travail missionnaire pour bâtir la réconciliation. »


- Quelques laïcs associés réunis à Curitiba en novembre 2008.

Comment ont-ils évolué jusqu’à fonder leur mouvement ?

A l’origine, les MS portent le souci de proposer à tous les laïcs qui travaillent avec eux, une formation sur la spiritualité de La Salette. « La province tient à imprégner de l’esprit de La Salette, de l’esprit de réconciliation, toutes les activités », explique P. Adilson. Les laïcs peuvent donc participer notamment à cinq week-ends de formation sur un, deux ou cinq ans. Nos amis sont devenus peu à peu, non plus des aides, mais des partenaires. « Nous avons approfondi notre foi, la théologie nous a permis de comprendre le concile et la place des laïcs, nous avons pris confiance en nous-mêmes, et nous avons senti le désir fort de fonder notre mouvement des laïcs salettins. » Tous les membres ne sont pas dans des oeuvres MS, mais presque tous fréquentent des lieux dédiés à N.D. de La Salette. Les responsables du mouvement vont les visiter. Ils participent aux formations et aux rencontres. C’est un engagement très personnel, parfois négocié avec la famille lorsqu’elle ne partage pas le même enthousiasme pour le service de l’Église et de la réconciliation. Un « principe » leur est cher : « Rappelle-toi que tu es dans une grande famille » (Livret des Principes n° 14).

Recueilli par Louis de Pontbriand, ms

Un groupe de catholiques

Les laïcs salettins du Brésil se retrouvent par groupes. Au sud, ils sont 43, répartis en 7 groupes ; au Sud-Est : 41 laïcs et 7 groupes. Plus au nord : 15 laïcs. Ils ont manifesté leur partenariat en adressant au dernier chapitre provincial (2008), 4 postulata :
- Nous ne voulons pas cheminer seuls, mais nous souhaitons faire le chemin avec la province MS.
- Nous voulons faire une célébration pour le 5e anniversaire de notre mouvement en mars 2009.
- Nous souhaitons des relations proches avec le provincial et son conseil.
- Nous souhaitons participer aux assemblées comme partie laïque.

Marcelino MESA (Philippines)

Né en 1973, Marcelino fait sa Première profession le 1er mai 1995, et s’engage définitivement chez les MS le 1er mai 1998. Il est ordonné prêtre le 5 février 1999 à Silang.

- Quels sont tes origines familiales et ton enracinement ?

Ma famille est originaire du centre de la province d’Isabela dans le nord des Philippines. Mes parents étaient fermiers : une petite famille de deux garçons et une fille. Je suis le benjamin. J’ai suivi l’école primaire, le collège et le lycée à San Matéo dans l’établissement de La Salette. J’ai vécu une enfance très heureuse au sein de ma famille. Ma mère était très active dans la communauté chrétienne de la paroisse de La Salette à San Matéo. Elle était catéchiste avec le P. Lionel Lacasse ms venu du Nord-Est des Etats-Unis, de la province du Cœur Immaculé. Maman m’a toujours emmené avec elle pour participer aux rassemblements qui avaient lieu à l’église.

- Comment as-tu décidé de rentrer dans la communauté des missionnaires de La Salette ?

Quand j’étudiais au lycée, j’étais très actif. Une soeur de La Salette était la principale conseillère d’orientation pour les élèves. J’ai été très impressionné par l’ardeur apostolique des pères dans la paroisse. Quand j’ai terminé mes diplômes au lycée de La Salette, je suis entré au séminaire de La Salette à Hillcrest, dans la ville de Manille. J’ai terminé les cours de philosophie avec les religieux du Verbe Divin à Manille. J’ai alors suivi le postulat et le noviciat de la congrégation de La Salette à Silang, à 47 km au sud de Manille, à côté du sanctuaire national de La Salette et de notre centre de retraite. Nous étions deux novices, Francis Liwanag et moi-même. Le père Steve Munar était notre maître des novices. Le 1er mai 1995, j’ai prononcé mes premiers voeux de religieux de La Salette. J’ai alors entrepris mes études de théologie sous la direction des pères lazaristes à Manille. Après trois ans de théologie, j’ai fait mes voeux perpétuels le 1er mai 1998, au sanctuaire de Silang. J’ai été ordonné diacre à Manille par le cardinal Sin avec quatre autres scolastiques, deux Philippins et deux Indiens. Pendant six mois, j’ai exercé le ministère de diacre à la paroisse Santiago (St Jacques) à Isabelle. Le 5 février 1999, nous étions ordonnés prêtres tous les cinq à Silang.

- Quels ont été tes ministères ?

Après l’ordination, j’ai été affecté comme vicaire à la paroisse de Roxas : j’étais directeur spirituel de plusieurs organisations de laïcs, notamment pour la spiritualité conjugale. En même temps, je me suis investi dans la pastorale scolaire, école élémentaire, collège, lycée, et aussi dans les débuts du campus universitaire de l’université La Salette à Roxas, section sciences de l’éducation : j’étais le responsable de toute la partie enseignement religieux. Après un an à Roxas, mes supérieurs m’ont envoyé comme curé à la paroisse Saint-Jean Bosco à Quezon, province d’Isabela. J’y ai construit l’église. J’y suis resté trois ans, de 2000 à 2003. A la paroisse, j’accueillais plusieurs ethnies différentes qui venaient de la montagne : les tribus des Kalingas, des Ifugaos, des Igorot, des Pangasinenses, généralement chrétiens méthodistes qui devinrent catholiques, grâce au rayonnement des pères de La Salette. En même temps j’avais la responsabilité des 800 élèves de laville de Quezon. C’est moi qui ai initié l’école élémentaire à Quezon. Sur 20 000 habitants, on compte 11 000 catholiques, dont 1 000 sont pratiquants. En 2003, l’évêque a transféré au diocèse plusieurs paroisses, dont celle de Saint-Jean-Bosco. J’ai continué de diriger l’école de Quezon, tout en résidant en communauté à Roxas, où j’ai dirigé l’école et le campus : J’y étais à la fois directeur et enseignant. En 2006, j’ai été nommé directeur du scolasticat de philosophie à Silang, et j’y donne des cours sur la doctrine sociale de l’Eglise.

Au chapitre provincial de 2005, j’ai été élu conseiller provincial du P. Manuel de la Cruz, avec le P. Medina. Nous avons connu ces dernières années un grand changement dans notre Province des Philippines. Nous avons cédé de nombreuses paroisses aux prêtres diocésains, et nous nous sommes reconvertis en direction des écoles et de l’université La Salette de Santiago (Isabela). Ce fut l’occasion de nous réapproprier le charisme de La Salette en fonction de la situation actuelle de notre pays que nous voulons servir avec l’Eglise, spécialement dans le domaine de l’éducation : Nous essayons de travailler à la formation de leaders soit pour l’Eglise, soit pour la société . Parmi les élus dans la région, beaucoup de maires sont des anciens de nos écoles.

- Pour toi personnellement, qu’est-ce que La Salette ?

La Salette, c’est une grâce que j’ai approfondie en devenant membre de la congrégation. Je suis particulièrement sensible à la parole de Marie : « S’ils se convertissent, les pierres et les rochers deviendront des monceaux de blé, et les pommes de terre seront ensemencées par les terres. » Ma vie spirituelle avec Dieu a été très marquée par le message. Je suis très sensible à l’humilité devant Dieu. Quels que soient les obstacles rencontrés, ils peuvent être dépassés grâce à l’humilité qui va avec la confiance en Dieu.

- Tu as été nommé membre de la commission internationale « Justice et paix » de la congrégation de La Salette. Peux-tu nous en dire quelque chose ?

C’est une bénédiction de faire partie de cette commission. La recherche de la justice et de la paix fait partie de notre mission : donner notre vie pour ceux qui sont dans le besoin, leur partager notre foi au Christ, et cela quelles que soient les difficultés que nous pouvons rencontrer. Et puis, le travail de cette commission m’a permis pour la première fois de venir sur la montagne de La Salette… sous une pluie persistante, et dans le brouillard. Mais j’y reviendrai !

Propos recueillis par Marcel Schlewer

Ma vie de prêtre

Témoignage sur ma vie de prêtre.

Père de la Salette, j’ai été ordonné prêtre le 17 Décembre 1967. 1968 fut mon année de formation, période de grands bouleversements, période que j’ai vécu passionnément. J’étais un soixante-huitard (comme on dit). En 1969, je m’embauche comme éboueur, à plein temps à la Communauté urbaine de Lyon, tout en gardant mon poste de vicaire à la paroisse de Saint Joseph de Tassin la Demi Lune.

Je travaillais 6 jours sur 7 à la Courly. Donc je cumulais 2 emplois pratiquement à plein temps. N’ayant que les congés payés, je me devais de passer mes vacances dans ma famille où j’allais travailler à la pension de famille que mes parents ont fondée. Pourquoi ? Parce que beaucoup de mes amis éboueurs et autres ne partaient pas en vacances, et un certain nombre d’entre eux ont profité de cette pension de famille pour un prix défiant toute concurrence.

Mes relations avec les Pères de la Salette étaient réduites au minimum durant ces 26 ans d’éboueurs. Mais tous les jours, je priais la Vierge de la Salette, et elle a veillé sur moi. Et petit à petit, avec mon ami MP, j’aimais aller aux rencontres de fin d’année des Pères de la Salette.

Un jour, DC, provincial, m’a demandé de consacrer un peu de temps au sanctuaire de la Salette comme chapelain, et peu de temps après il décédait. Cette promesse devenait pour moi comme une de ses dernières volontés. C’est ainsi que je renouais avec les racines de mon engagement chez les Pères de la Salette.

Depuis octobre 2007, j’ai rejoint une communauté de Pères de la Salette à Grenoble, rue Chanrion, succédant à PK comme responsable du relais Notre Dame Réconciliatrice de la paroisse N.D.de l’Espérance. Je réapprends et redécouvre la vie communautaire, qui ne va pas de soi, mais très riche puisqu’internationale. Ce que j’apprécie entre autre, c’est la prière communautaire le matin et l’Eucharistie quotidienne, car j’ai besoin d’un cadre.

Ma vie de prêtre est profondément marquée par ma vie d’éboueur, avec une sensibilité aux plus petits d’entre nous. Mais d’une façon générale, je dirais que dans toutes nos rencontres, ceux qui croisent nos pas ont besoin de se sentir accueilli, respectés et aimés tels qu’ils sont, alors on peut risquer une parole, et c’est là-dessus que j’en termine.

Prêtre missionnaire en milieu hospitalier

Témoignage sur ma présence de prêtre missionnaire à l’hôpital Pierre Kerloch ms 28 décembre 2009

Je connaissais un peu l’hôpital Nord de Grenoble pour y avoir été comme patient en 1997 pendant plus d’un mois, pour avoir suivi l’engagement du Frère Paul depuis la Tronche, et par là même de bien connaître celui qui fut l’aumônier pendant une dizaine d’années. J’ai un peu suivi aussi, en raison des stages de Frères en formation.

Cette connaissance m’aurait conduit à ne pas accepter une telle proposition. Lorsque l’on parlait de demander à Guy G. d’être lui-même aumônier en 2007, je me souviens de mes réflexions : comment Guy débarquant à Grenoble pourrait se constituer une équipe de laïcs pour « l’aider », pour constituer une équipe de gens compétents autour de lui.

J’avais oublié un maillon… qui aujourd’hui, sans doute plus qu’hier, est important, c’est l’instance « Pastorale Santé Social » qui a une responsabilité réelle sur le choix des personnes engagées dans les équipes d’aumônerie, qu’elles soient salariées ou bénévoles. Son responsable, Robert, est un diacre, qui a une bonne formation théologique et un passé riche dans le monde de la santé.

La proposition qui m’a été faite par l’intermédiaire du P. Provincial, n’était pas de remplacer l’ancien aumônier, en année sabbatique depuis un an, mais d’être prêtre accompagnateur d’une équipe d’aumônerie de 4 laïcs (3 femmes et un homme), 5 aujourd’hui, une embauche ayant eu lieu depuis, après un stage dont je fus témoin. A la tête de cette équipe est nommée une laïque, qui représente l’Eglise face aux instances de l’hôpital.

Une précision : au fur et à mesure que l’année s’est déroulée, je suis aujourd’hui aussi prêtre accompagnateur de l’Hôpital Sud. L’évêque, par l’intermédiaire de Robert, diacre, tient beaucoup à cette présence d’un ministère ordonné.

- Comment être prêtre accompagnateur ? A Nord, j’essaie le plus possible de ne pas être uniquement un ministre des sacrements : messe chaque dimanche ; messe dans les pavillons des personnes âgées aux grandes fêtes ; messe du 3ème vendredi avec salariés et bénévoles (Nord et Sud) ; onction des malades. Je visite les malades à partir d’une liste reçue, une après-midi par semaine. Au début j’ai accompagné l’un ou l’autre permanent, puis aussi une bénévole (comme autrefois au catéchuménat).

Présence aussi, tous les mardis matins, où nous prions à partir de l’Evangile du jour ; où nous échangeons sur diverses questions, par exemple nos relations avec les Protestants ; texte présentant l’aumônerie pour les fins de vie ; cas spéciaux qui donnent à réfléchir… ; agenda. Tout cela dans un bon esprit, mais parfois aussi dans une tension nécessaire et normale.

Le mardi matin se transforme une fois par mois en supervision. L’an dernier, elle se faisait entre Sud et Nord avec un prêtre de la Mission de France, Psychologue à la prison. J’en garde un très bon souvenir. A partir de cas particuliers, il savait nous aider à approfondir, à découvrir ce qu’il y a dans le cœur de l’homme, dans son psychisme, etc… Cette année, nous avons un nouveau « superviseur » qui vient travailler avec chaque équipe et chez elle. Celui-ci ne s’implique pas au plan de la foi. Autre expérience d’équipe : « relecture pastorale » à partir d’un fait, d’une rencontre… reprise dans les détails. « Dieu était présent, et je ne le savais pas ! » (Genèse 28,16)

Pour le moment, je suis, comme sans doute aussi plusieurs, en apprentissage.

- Ce qui me marque, c’est la rencontre Savoir écouter une personne, ne pas l’interrompre par des questions insignifiantes, inquisitrices, questionnantes ; dans le respect ; savoir redire une parole, la reformuler. Je suis allé à deux sessions de 3 jours chacune, pour m’initier à l’écoute (GLAB) Ai-je progressé dans cet art très humain ? Il m’arrive en tout cas de constater ailleurs que l’on ne sait pas toujours s’écouter, que l’on juge, que l’on voudrait passer « son message » (fut-il le meilleur !)

- Travail d’équipe : Chacune de nos visites, nous en rendons compte sur un cahier, en respectant la confidentialité. Ainsi nous ne « possédons » pas nos malades…

Ce travail d’équipe, j’en fais l’expérience au moment de l’onction des malades. J’y vais toujours accompagné par un membre de l’équipe. A deux, le dialogue tant avec le malade qu’avec la famille, se fait plus riche, plus spontané. Je suis désormais un « inconditionnel » du ministère féminin. Pour le moment, je ne sais pas parler à une personne dans le coma, ou si peu. Un membre de l’équipe invite les soignants à participer à la célébration. Personnellement, je me vois mal prendre une telle initiative. Et pourtant… Au moins à 3 reprises l’invitation a été suivie d’effet. Et ils s’excusent quand ils ne peuvent venir, arguant de leur travail, ce qui est vrai.

- Soignants Nous nous croisons avec les soignants… surtout les infirmières et les aides-soignants. Pour les « grands patrons », c’est plus rare. Personnellement, je suis toujours bien reçu… Est-ce en raison de mon âge ? Souvent ils m’aident à revêtir les tabliers pour neutraliser les microbes et virus… Témoignage d’une aide-soignante : les 39 heures étaient mieux que les 35. Fermeture de 10 lits, non remplacement des femmes enceintes, nous sommes alors 2 au lieu de 3. 2 heures pour se remettre du stress du travail. Ce sont les aides-soignantes qui reçoivent les doléances des patients.

- Présence au monde, à ce monde complexe de l’hôpital Il y a près de 100 spécialités à Nord. On parle de 2000 malades et de 8000 employés à l’hôpital, sinon plus. Nous sommes, au cœur de cette « grande usine », la petite Eglise, laquelle se dit experte en humanité. C’est bien à ce niveau qu’il faut tout d’abord se situer, se faire pardonner d’être cette Eglise qui a ses certitudes. Ici nous ne pouvons pas être en dehors des grandes questions qui se posent sur le début de la vie, dont l’avortement, et la fin de vie (euthanasie) ; ni des problèmes économiques de la santé (cf. débranchement). Pour le moment, sur tous ces sujets, je me sens dans mes petits souliers. Me reste en mémoire cet enfant que l’un d’entre nous est allé baptiser avant qu’il soit débranché. Pour les avortements, là encore je pense que les laïcs, et particulièrement les femmes, rentrent beaucoup mieux que nous, les prêtres, dans le dialogue.

Les familles J’ai parlé des malades au centre de nos préoccupations. Nous rencontrons aussi les familles, selon bien sûr divers degrés d’ouverture, d’appel à la compassion, voire à l’éclairage ou à l’obscurité de la foi. Ce petit garçon d’une dizaine d’années, présent avec son père à l’onction des malades de sa maman, a éclaté en sanglots au moment de partir. Heureusement que ma compagne-aumônier était là, l’a pris dans ses bras. Que dire à ce moment-là ? Cette scène ne s’effacera pas de sitôt de ma mémoire. Gros poids à porter. Il faut donc avoir une bonne santé physique et morale.

Ne pas enfermer la personne dans sa maladie. Cette personne n’est pas que malade, ou en survie… Si nous avons le temps, et dans la confiance, bien des sujets viennent à jour : enfants, petits-enfants, chômage, grande joie aussi, leur ancienne profession, leur fierté. Je pense à ce fils de général, qui m’a envoyé sa traduction du « contra gentiles » de St Thomas d’Aquin, alors qu’il est prof de philo à Nantes.

- Ministère itinérant… Les gens passent. C’est assez différent d’une paroisse où il y a plus de continuité. Il faut accepter ici de ne pas savoir ce que deviennent les gens, alors que l’on a cheminé d’une manière très proche humainement et spirituellement avec eux. − Beaucoup de prêtres, religieux, religieuses, moines (chartreux) font des séjours à l’hôpital −. Que devient ce prêtre savoyard qui édifiait tant chaque membre de l’équipe ? A-t-il pu retrouver, jeune encore, son ministère ?

- L’hôpital serait-il un lieu triste ? Le mot ne me convient pas. Ce n’est pas le cas dans l’équipe d’aumônerie, ni dans les services, me semble-t-il. Lutter contre la maladie, accompagner une personne vivant sa Pâque, son passage vers l’autre rive ouvrent au contraire à l’Espérance, sans bien sûr nier les cas douloureux.

L’hôpital est un lieu de vie, or la vie n’est pas nécessairement triste.

Pierre Kerloch

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